OLYMPIE : LE POIDS DU PASSE

«  On a tous en nous quelque chose d’Olympie » Claude Droussent, L’Equipe

6 juillet 2005, 13h46. Après les éliminations progressives de Moscou, New-York, Madrid et Paris, les membres du CIO, les hellanodices du 21e siècle, décident que les Jeux olympiques devenus itinérants se dérouleront en 2012 à Londres, quatre ans après ceux de Pékin, huit ans après ceux d’Athènes.

Paris n’accueillera pas les Jeux de la 30e Olympiade. C’est Londres qui sera la moderne Olympie pour la 323e édition des Jeux nés il y a près de 28 siècles en - 776..

6 juillet 105 après Jésus-Christ (4e année de la 220e Olympiade). Les hellanodices d’Elis se préparent à organiser les Jeux. Comme d’habitude et suivant la tradition, la 221e édition va se dérouler dans quelques jours au cœur de l’Elide dans le sanctuaire d’Olympie

6 juillet 605 avant JC (3e année de la 43e Olympiade). Il reste encore un an avant les Jeux et tous les athlètes savent bien qu’ils auront lieu à Olympie. Sparte, Athènes, Mégare, Corinthe ou encore Crotone ne craignent pas l’élimination puisqu’elles ne sont pas candidates à l’organisation des Jeux.

LE SITE : UN SANCTUAIRE

Depuis - 776, en effet, c’est dans la région retirée de l’Elide, au nord-ouest du Péloponnèse, que se déroulent traditionnellement les Jeux. D’abord ouverts aux athlètes de cette région, puis à ceux du Péloponnèse et de l’Attique, puis à tous les Grecs des colonies de l’Ouest et d’Asie Mineure, ils ne connaîtront qu’un seul site immuable et sanctuarisé : Olympie.

C’est grâce à cette sanctuarisation et à la trêve olympique mettant fin aux incessants combats entre les cités-états de Grèce que les 293 Jeux Antiques dureront sans interruption près de 12 siècles en s’étalant sur 1168 années.

Après leur renaissance en 1896 à Athènes, ils s’éparpilleront tous les quatre ans dans le monde entier au lieu de se trouver un sanctuaire.

N’ayant pu imposer de trêve militaire, ils se mettront hors-Jeux dès la 6e édition (1916) puis deux fois lors de la seconde guerre mondiale (1940 et 1944).

Faute de sanctuaire permanent, ils seront également pris en otages par les fanatismes de tous poils, à Berlin en 1936 et à Munich en 1972.

A force de se délocaliser, les Jeux modernes seront victimes de boycotts à répétition :

pas d’Américains à Moscou en 1980

pas de bloc soviétique à Los Angeles en 1984

Contrairement aux Jeux modernes, les Jeux antiques ont globalement traversé les turbulences de l’histoire sans heurts majeurs, montrant que le sport était plus fort que la guerre. La compétition entre les cité-états pouvait aussi se régler sur le stade sans violation du site, sans changements majeurs en permettant au sport de s’imposer lors des 293 éditions successives.

UNE CHRONOLOGIE DE L’OLYMPISME

Malgré quelques dérives comme le professionnalisme, la tricherie et l’inévitable intrusion de la politique dans le sport, l’esprit, sur cette durée exceptionnelle, a globalement été respecté. L’esprit olympique a été magnifié par les héros de légende et par tous ceux qui les ont chantés, racontés, dessinés ou sculptés.

Sans cette médiatisation sortie de l’oubli par les archéologues, les chercheurs, les découvreurs, les passionnés de la Grèce et du sport, tout un pan d’une culture exceptionnelle enfouie sous les alluvions de deux petits fleuves aurait disparu.

Mais c’est surtout grâce à un guide du routard exceptionnel que l’histoire a pu se réécrire : Pausanias. Le géographe du second siècle de notre ère a eu la chance que son « Histoire de la Grèce » franchisse les siècles. Il a largement inspiré cette chronique de l’olympisme antique.

Avec « Les Géants d’Olympie », c’est à ma connaissance la première fois qu’une chronologie de ce type est proposée.

Malgré les risques d’erreurs, d’extrapolation ou d’interprétation forcément contestable, il y soufflera un esprit que je me suis efforcé de préserver.

L’esprit olympique….